Question à Guillaume Soro : qui du brigand et du rebelle fait le plus de mal à la société ?

Politique

Guillaume Kigbafori Soro est le président de Générations et Peuples Solidaires (GPS). C’est l’ancien chef rebelle ivoirien, ancien secrétaire général de la rébellion du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI) devenu plus tard Forces nouvelles (FN, 19 septembre 2002-11 avril 2011). C’est l’homme qui a écrit le livre intitulé : « Pourquoi je suis devenu rebelle ». Guillaume Soro a parlé longuement hier, dimanche 27 septembre 2020, sur la chaîne de télévision panafricaine Afrique Média. A l’occasion, il a dit de faire la différence entre un « rebelle » et un « brigand ». Et que « rebelle » était un mot « noble » et que toutes les rébellions ne se valaient pas. Pour se conforter dans son idée selon laquelle sa rébellion, FN, a été la plus pacifique qui fût, il l’a opposée à la rébellion sierra-léonaise de Foday Sankoh. Et il a évoqué des noms comme Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Che Guevara, des exemples de rebelles « nobles ».


Alors, Guillaume Soro se dit non un « brigand », mais un « rebelle ». Qu’en est-il donc de l’un et de l’autre, du point de vue du sens ? Selon le dictionnaire français, le Grand Robert, le mot « brigand » signifie : « Soldat n’appartenant pas à l’armée régulière ; Homme qui pratique le brigandage (Crime commis avec violence et à main armée, par des malfaiteurs, le plus souvent réunis en bande. Pillage, pillerie, vol. | Acte de brigandage. | Exercer le brigandage. | Réprimer, supprimer, combattre le brigandage (Nous ajoutons un exemple local, nous Germain Séhoué : Casse des agences de la BCEAO par la rébellion ivoirienne en 2003) ; Nom donné aux membres de bandes armées, insurrectionnelles ou de résistance, par leurs adversaires, par l’armée régulière, etc. »


Le même dictionnaire le Grand Robert définit le mot « rebelle » comme suit : «Qui ne reconnaît pas l’autorité du gouvernement légitime (ou de fait) et se révolte contre lui : Dissident, insoumis, factieux (cit. 1), insubordonné, insurgé, révolté, séditieux. | ; Un insurgé, une personne qui prend les armes contre un pouvoir politique ; Qui ne reconnaît pas l’autorité de certaines personnes ou de certains principes, qui est violemment non-conformiste ». Il est ici, question du degré de mal commis contre les populations.


Or, après nos recherches, nous n’avons pas vu les traces d’un brigand traduit devant la Cour pénale internationale (CPI). Les faits des brigands sont jugés par les juridictions nationales, parce qu’il ne s’agit pas de crimes de masse. Il est difficile de voir, par exemple, un brigand auteur de plus de 20 meurtres. Mais les rébellions font des milliers de morts. C’est pourquoi, bien d’ex-rebelles ont été jugés à la CPI. Exemple : les Congolais Bosco Ntaganda (“Exécuteur Tango” ou “L’Exécuteur”), Jean Pierre Bemba et Abdallah Banda et Saleh Mohammed Jerbo Jamus, deux commandants rebelles du Darfour. Ces derniers devaient répondre des accusations de crimes de guerre pour le rôle qu’ils ont joué dans l’attaque lancée en 2007 contre des soldats de l’Union africaine, chargés du maintien de la paix à Haskanita.


Pourquoi étaient-ils jugés à la CPI ? Parce que la CPI a pour mission de « Juger les individus responsables de génocide, de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et d’agression ». Or, en massacrant une soixantaine de gendarmes à Bouaké en 2002, la rébellion de Guillaume Soro était confortablement dans le crime de guerre. En faisant des milliers de morts à Abidjan, dont le ministre de l’Intérieur Emile Boga Doudou, l’artiste Marcelin Yacé et autres officiers de l’armée ivoirienne, avant d’être repoussée, le MPCI a fait pire qu’un brigand.

C’est vrai que les affrontements entre les soldats rebelles de Soro et l’armée régulière ivoirienne ne se sont pas étendus sur un mois d’affilée. Mais les exactions et massacres perpétrés par la rébellion contre les populations restées coincées dans les zones sous son administration, ont continué pendant l’occupation. D’où le génocide du peuple Wê, bien documenté et envoyé devant la justice internationale. Et selon le bilan détaillé, publié le 27 mars 2013 par le Comité de sauvegarde du patrimoine Wê sur la question, sans compter les viols et autres actes cruels, ce sont au total « 30.055 personnes tuées » parmi ce peuple par la rébellion depuis 2002 à cette date. Et plus tard, un rapport de l’Ong APDH soulignera ceci : « Déjà dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2005, les villages de Guitrozon et Petit-Duékoué ont été nuitamment pris d’assaut par des bandes armées. Le bilan s’estimait à 120 personnes tuées ». Sans parler des 800 personnes tuées la seule journée du 29 mars 2011 à Duékoué-Carrefour. Chiffre donné par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à partir de l’enlèvement des corps qu’il a effectué.


Nous n’avons pas souvenance d’un brigand qui, pour le pouvoir d’Etat, a massacré un millier de personnes pendant une journée. Et cela s’est produit lorsque, à la tête de sa rébellion, Guillaume Soro a mené l’expédition du Nord de la Côte d’Ivoire à Abidjan la capitale économique, en passant par Duékoué, en 2011.
Voilà ce dont a été capable une rébellion conduite par un rebelle « noble », Guillaume Soro.


Mais au-delà de tout cela, Guillaume Soro est chrétien. Peut-il nous montrer un seul passage de la Bible où l’Eternel Dieu, le Créateur du ciel et de la terre, a béni un rebelle parce qu’il serait « noble » ? Un seul passage ? Nous, nous savons par contre que Dieu n’aime pas le rebelle. La preuve, Lamentation 3 : 42-45 dit : « Nous avons péché, nous avons été rebelles! Tu n’as point pardonné ! » « Tu t’es caché dans ta colère, et tu nous as poursuivis; Tu as tué sans miséricorde » « Tu t’es enveloppé d’un nuage, pour fermer accès à la prière ». « Tu nous as rendus un objet de mépris et de dédain au milieu des peuples ».


Au regard de ce qui précède, on peut demander à Guillaume Soro de nous aider à comprendre. Qui du brigand et du rebelle fait le plus de mal à la société ? Il ne s’agit pas de préférer l’un par rapport à l’autre, mais de voir en termes de cruauté, celui qui fait couler le plus de larmes, détruit plus les Etats, paralyse plus les économies et le développement. De 2002 à 2020, cela fait 18 ans que la Côte d’Ivoire ne se retrouve pas dans son rayonnement. Cela, ce n’est pas le fait d’un brigand. Les brigands, il y en a dans le pays depuis toujours. Mais le pays avançait tout de même.


Or, si lui-même Guillaume Soro combat aujourd’hui le régime en place, c’est parce qu’il découvre qu’il n’est pas convenable. Au point de dire que, après avoir été débarqué de la présidence de l’Assemblée nationale, lors de ses tournées au Nord, il y a découvert l’extrême pauvreté. Or, de 2002 à 2011, le Nord en question était exclusivement sous administration de la rébellion de Soro. Rébellion censée y apporter la richesse et le développement. Il s’étonne donc de son propre échec. De même, ce n’est pas un brigand qui a contribué à l’avènement du régime en place, mais un rebelle : Guillaume Soro. C’est pourquoi, il est bon de savoir qui du brigand et du rebelle fait le plus de mal à la société.


Germain Séhoué

Visits: 524
Spread the love
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •   
  •   
  •   
  •  
  •   
  •   
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
21 − 14 =