Presse ivoirienne/Malgré leur grand boucan: Isidore Allah fait son constat : “Les journalistes sont mal lotis”

Société

Isidore Allah est journaliste professionnel. Il connait la profession de l’intérieur et de l’extérieur. Ce qu’on y vit et ce qu’on en pense de loin. A la faveur de la journée internationale de la liberté de la presse, il pose sur la profession un regard qui mérite d’être connu.

PRESSE IVOIRIENNE : 

LA GRANDE PLONGÉE

C’est la journée mondiale de la presse. Ils sont nombreux tous ces jeunes qui rêvent de devenir journalistes et qui souhaitent ressembler à leurs modèles à la télé, à la radio ou dans la presse écrite. Mais une sorte d’omerta entoure ce métier, probablement  pour lui conserver un tant soit peu, ce mythe qui entoure ses acteurs et cette force qui en fait le 4ème pouvoir.

En réalité, la presse ivoirienne, notamment la presse écrite est violemment sinistrée. Si en Europe, plusieurs journaux sont dans le rouge, en Côte d’Ivoire, la situation est dans les faits, plus que dramatique. Un coup d’œil sur les tirages et les ventes des journaux les plus prestigieux vous donneront un aperçu de la misère que vivent nos publications. Pour ne rien vous cacher, un journal aujourd’hui est un gouffre financier qui ferait reculer le plus acharné des investisseurs. Seuls les journaux soutenus financièrement par des mécènes ou des partis politiques essaient de tenir la route. Tant bien que mal. 

Combien d’éditeurs se servent de la convention collective interprofessionnelle qui détermine les salaires des journalistes? Une convention elle-même dépassée qui offre des salaires à la limite de la décence, mais que personne ne respecte?

Les journalistes sont mal lotis. Pour la plupart, au noir, la retraite est pour eux une terreur qu’ils savent ne pas pouvoir affronter. Même pour ceux qui ont le luxe d’être déclarés à la CNPS, rien qu’une infime partie constatera que l’éditeur a reversé les droits dans cette institution qui vous garantit une pension. 

La télé ? La radio? Que l’on se detrompe, les journalistes n’y sont pas mieux lotis. Meme s’ils vivent dans une illusion de prospérité. Nombreux parmi eux sont adossés à des mécènes ou des amis dans le milieu politique ou économique qui les soutiennent peu ou prou et qui les aident à entretenir l’illusion. 

Mon prochain livre portera justement sur ce sujet: “la presse en Côte d’Ivoire, illusions, désillusions”.

C’est en 1977 que j’ai fait mon premier article dans un journal. Une contribution à l’hebdomadaire “Ivoire dimanche” sur la musique ivoirienne, dans la rubrique “le courrier des lecteurs”. J’etais en 3ème au lycée de Bondoukou. Je me souviens de mon professeur de français M. Yobouet qui s’extasiait devant cet article pondu par un de ses élèves, le meilleur dans sa matière. À cette époque, oui, la presse avait pignon sur rue et les journalistes étaient des stars. On rêvait de leur ressembler. 

Aujourd’hui, qui ferait une annonce dans un journal qui a du mal à toucher plus de 5 mille personnes sur une population de plus de 20 millions d’habitants? En télé et en radio, on préfère investir dans des émissions pour amuser la galerie plutôt que dans celles qui font marcher la matière grise. Les animateurs sont devenus des amuseurs publics et pour beaucoup, des pitres ou des acteurs qui gagnent leur beefsteak en choquant ou en promeuvant la bagatelle. Les reportages sociaux, les enquêtes fouillées, la promotion de l’excellence sont relégués au second plan et ne font plus recette. De sorte que les réseaux sociaux sont devenus les principaux canaux d’information de la population. Un espace sur lequel, tout le monde s’improvise journaliste et ne respecte aucune déontologie. 

Que faut-il faire pour sauver ce métier? Une vraie réflexion s’impose. En un mot comme en cent, pour nos organisations diverses de la presse, la journée dédiée à ce métier malade aurait dû être un moment de réflexion entre acteurs pour en dégager un diagnostic réaliste et ouvrir des pistes de solutions à nos problèmes.  

ISIDORE S. ALLAH (JOURNALISTE)

Source: page Facebook de Isidore Allah.

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