Menace contre un journaliste sur France 24 : Voici pourquoi Joël N’Guessan s’est montré si nerveux

Politique

Sur le plateau du débat de France 24, jeudi 9 juillet 2020, relativement au décès du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, Joël N’Gessan, membre du conseil politique du RHDP, ex-vice-président du RDR, s’est montré particulièrement agressif face aux journalistes. A l’endroit du confrère André Silver Konan, il a menacé en ces termes : « Je vais dire à mon jeune frère André Silver Konan, qu’après cette émission, il n’est pas sûr qu’il puisse rentrer chez lui à la maison. Ce n’est pas seulement les gens qui sont malades qui meurent ». Pourquoi Joël N’Gessan dit-il cela ? Simplement parce que répondant à la question du journaliste de savoir si ce décès était surprenant, André Silver Konan a répondu que non. Non, au regard des multiples fonctions prenantes qu’accumulait Amadou Gon Coulibaly, à savoir Premier ministre, candidat à la présidentielle, et même avant d’en être déchargé, président du directoire du RHDP, pour un greffé du cœur ! Pour Joël N’Gessan, l’heure n’est pas à ce genre de critiques. 

Le PM Amadou Gon Coulibaly


L’attitude de Joël N’Gessan démontre qu’il dénie au débatteur, au journaliste, sa fonction humaine, à savoir l’activité cognitive, même dans l’émotion, dans les pleurs. Plus que quand on rit, pendant les pleurs, le questionnement devient plus pressant. C’est pourquoi selon elle, lorsqu’elle a été assommée par la nouvelle de la mort du Premier ministre, dans ses pleurs, ses lamentations, la ministre Goudou Coffie a dit en substance à Dieu : « Qu’avons-nous fait pour mériter ça ! On a fait quoi de mal ? » Et c’est le type de questions qui reviennent dans les pleurs lorsque l’on perd un être cher. « Pourquoi ? Pourquoi nous ? Que Dieu me reproche-t-il ? Que nous reproche-t-il ? » Etc. Et la ministre a avoué cela sur le plateau de la RTI, Télé première chaine, lors de l’émission consacrée au décès du Premier ministre.

La ministre Raymonde Goudou Coffie.


Si l’on veut suivre la logique procédurière, le manuel de pleurs de Joël N’Gessan, la société doit punir tous ceux qui, comme la ministre Goudou Coffie, au lieu de se contenter de pleurer, avec de simples cris, rien de plus, formulent des questionnements pendants leurs pleurs. On ne doit pas se demander le pourquoi du comment, etc. Or, c’est tout cela qui constitue le pleur. C’est le questionnement qui déclenche les vapeurs, les crises et ruissèlements des larmes, les sanglots hystériques et l’explosion du pleur. Quand, à l’instar de la ministre Goudou Coffie, cette femme fouettée par le décès d’un proche dans la société africaine, crie : « Pourquoi ! » en reniflant ses larmes, elle veut savoir ce qui s’est passé pour que cette mauvaise vienne ravager sa vie. Devrait-elle attendre une assemblée générale, une convention ou un congrès pour se poser cette question personnelle ? Non ! Parce que la fonction humaine, c’est aussi la spontanéité. Dans le feu de l’action, on peut évoquer le pourquoi. Le comment… Que Joël N’Gessan garde son manuel de pleurs, sa législation sur les pleurs pour lui et les siens. Pas de formalités compliquées dans les pleurs ! 
Quant aux réponses à ce « Pourquoi ? », « Dieu, qu’avons-nous fait pour mériter ça ? » de Raymonde Goudou Coffie et de bien d’autres personnes, Dieu ne déplacera pas son trône ici-bas pour les leur donner. Il a délégué aux hommes l’activité du discernement pour le faire. C’est ce que faisaient débateurs sur le plateau Télé de France 24. 
Et un journaliste, un penseur, un chercheur qu’on invite sur un plateau Télé ou Radio, pour un débat et à qui l’on demande le « Pourquoi », doit se montrer intellectuel complet, en répondant aux questions. Il ne s’agit pas de passer toute l’émission à pleurer dans le sens de la pensée unique. Il doit pleurer diversement, en essayant d’expliquer le pourquoi du comment et autres. 

Le journaliste André Silver Konan.


La gêne de Joël N’Gessan dans ce débat, c’est que l’on pointe la responsabilité du RHDP dans la mort du Premier ministre, ministre du Budget et du Portefeuille de l’Etat, Amadou Gon Coulibaly. Insinuer à la face du monde que c’est l’égoïsme du parti au pouvoir qui a conduit à la mort de son candidat, n’est pas supportable pour ce porte-parole du parti d’Alassane Ouattara. Parce que tout le monde, à commencer par le RHDP, sait que Gon Coulibaly est malade. Opéré du cœur en 2012 et maintenant en 2020. Et dans la presse comme sur les réseaux sociaux, les images du Premier ministre qui montrent que sa santé est précaire reviennent souvent. Et cela pour interpeler son parti qui, plutôt que de le ménager, lui confie des charges exigeant une santé exceptionnelle qu’il n’a pas. Selon des spécialistes, quelqu’un qui a été opéré du cœur a besoin, au minimum d’un repos d’une année. Une année ! 
Mais voyant Gon, non pas comme un mortel dont il faut ménager la santé, mais comme un gagne-pain, le RHDP l’a poussé. Il l’a « obligé » à être son candidat. Afin que, une fois qu’il est élu, ses cadres derrière lui, continuent de pressurer le pays. Si le RHDP avait considéré Amadou Gon Coulibaly comme un père de famille, un époux, il ne l’aurait pas autorisé à sauter au bureau et au Conseil des ministres, seulement deux mois après une deuxième opération du cœur. Mais il a tellement envie de rassurer sur la santé de son candidat, et demeurer dans son mensonge que le pire n’a pas été évité. C’est cela que Joël N’Gessan ne veut pas que les journalistes évoquent. 

Le ministre Joel N’Guessan


Mais Joël N’Gessan doit comprendre. Comme il vise le pouvoir d’Etat, le parti politique fait souvent la rétention de l’information, la falsification des faits, la manipulation. Mais le journaliste en tant que membre de la société civile, est appelé, lui, à révéler à la société entière, la vraie vie de la société. C’est lui qui véhicule la culture scientifique de la vérité des faits. Les faits authentiques. C’est de lui qu’on attend ce que Lénine appelle, en 1902 (Que faire ?), « les révélations vivantes ». Quelle est la vie souterraine que les régimes cachent ? C’est le rôle du journaliste. Un rôle qu’il ne peut pas mettre entre parenthèses, sous prétexte que le deuil est encore frais.

Les derniers instants du Premier ministre Gon Coulibaly.


Si un sportif de haut niveau, qui « pète » la grande forme, peut s’écrouler de crise cardiaque en pleine activité, ce n’est pas un greffé du cœur présentant des risques évidents, que l’on ne doit pas ménager particulièrement. Que le Premier ministre dise : « Je suis venu reprendre ma place auprès du Président… », ne devrait pas perdre de vue au pouvoir que même si apparemment, Gon a bonne mine, c’est un double-opéré du cœur, qui est sorti du bloc opératoire, il y a seulement deux mois. Mais on l’a laissé s’esquinter dans un Conseil des ministres exténuant. Et il a craqué ! 
C’est pourquoi Joël N’Gessan se rend nerveux, si difficile, menaçant. Or, on ne peut pas couvrir les responsabilités de son parti dans ce drame national.
Germain Séhoué
gs05895444@yahoo.fr 

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