Disparition du P. M. Amadou Gon Coulibaly : Un exemple de loyauté politique exemplaire

Politique

Par Ben Zahoui-Dégbou

Disparition du Premier Ministre Ivoirien Amadou Gon Coulibaly : Un exemple de loyauté politique exemplaire.

Par Ben Zahoui-Dégbou.

Le Premier Ministre ivoirien Amadou Gon Coulibaly, est décédé le mercredi 8 juillet, à Abidjan à l’âge de 61 ans, suite à  un malaise en plein Conseil des ministres. Il était revenu de France, le jeudi 2 juillet dernier, après y avoir passé deux mois. Greffé du coeur en 2012,  Amadou Gon Coulibaly venait régulièrement en Hexagone pour un suivi médical à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris où il avait dû se faire poser un stent.

L’Ex-Premier Ministre ivoirien était le candidat, à l’élection présidentielle du 31 octobre prochain pour le compte du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), parti au pouvoir en Côte d’Ivoire. Dans ce sens, le président Alassane Ouattara l’avait désigné, en tant que tel, le jeudi 12 mars, au cour d’un Conseil politique tenu à l’Hôtel Ivoire. En effet, ce choix récompensait 30 ans de loyauté et de fidélité à son mentor.

Il faut signaler que sa candidature à l’élection présidentielle avait été majoritairement adoubée par les principaux responsables du RHDP même s’il y a des sons de cloche dissonant dans son choix. « Cela fait 30 ans que j’apprends aux côtés du président », avait coutume de dire Gon Coulibaly pour certainement justifier sa légitimité et surtout sa loyauté au  Président d’honneur de son parti. « Certains diront que la loyauté inspire un espoir sans limite. Et si c’était vrai, il y a un piège. La vraie loyauté prend des années à se construire ; et seulement quelques secondes à être détruite ». Emily VanCamp Bowman alias Emily Thorne dans la série télévisée canadienne Revenge (Vengeance-2011-2015).  

Combien de trahison et retournement de veste n’a-t-on pas vu sur la scène politique ivoirienne où on parle élégamment de « transhumance politique ou encore de nomadisme politique ». Empruntée au vocabulaire pastoral, la transhumance désigne la migration périodique des troupeaux à la recherche d’espaces plus favorables à leur alimentation. Transposée à la vie politique, cette belle métaphore, renvoie malheureusement à l’attitude des hommes politiques qui migrent d’un parti politique à un autre pour des raisons purement alimentaires.

La loyauté est une vertu bien propre au peuple Sénoufo.

Les exemples de ce genre de « politiciens  alimentaires » sont nombreux en Côte d’Ivoire et en Afrique. C’est pour cette raison que Gon Coulibaly est exemple unique de fidélité. L’homme est resté loyal jusqu’au bout avec le Président Alassane Ouattara et le Rassemblement des Républicains (RDR). La trahison et la loyauté sont un couple inséparable. Le deuxième membre de ce couple est une vertu bien propre aux Sénoufos, en général et en particulier, aux descendants de leur chef suprême,  Péléforo Gon Coulibaly, qui est resté fidèle au Président Houphouët Boigny. En effet, Dans les années 1940, le patriarche et chef chef suprême des Sénoufos, peuple du nord de la Côte d’Ivoire, l’arrière grand-père de l’Ex-Premier Ministre disparu, se lie d’amitié avec le futur président de la Côte d’ivoire, Félix Houphouët-Boigny dont il sera la caution politique jusqu’à sa mort en 1962.

Un autre Coulibaly, celui-là, petit-fils du patriarche Péléforo Gon Coulibaly, en occurrence Docteur Issa Malick Coulibaly, directeur de campagne de Laurent Gbagbo pour la présidentielle de 2010, est resté loyal au leader du Front Populaire Ivoirien (FPI).  Il est actuellement en exil en France depuis 2011, suite à la chute du régime de l’ancien président, aujourd’hui, acquitté par la cour Pénale Internationale (CPI).

L’histoire entre Amadou Gon Coulibaly et le Président ivoirien Alassane Ouattara commence en 1990. Cette année là, le président Houphouët Boigny actionne l’article 7 de la constitution sous la pression de l’opposition dirigée par Laurent Gbagbo. La Côte d’Ivoire renoue ainsi avec le multipartisme. Alassane Ouattara, alors gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) est nommé premier ministre après avoir dirigé un Comité Interministériel pour la relance de l’économie ivoirienne au bord du gouffre.

Amadou Gon Coulibaly est un pur produit de la DGTX d’Antoine Césaréo.

Devenu président du Conseil Economique et Social, après plusieurs années de disgrâce, c’est Philippe Grégoire Philippe Grégoire Yacé, un ami du père de l’Ex-Premier Ministre et du président Houphouët Boigny, qui présente Amadou Gon Coulibaly à Alassane Ouattara. Il est ingénieur des TP, diplômé de l’école des travaux publics de Yamoussoukro et du Centre des Hautes Etudes de la Construction (CHEC de Paris). Il occupe le poste de Directeur des Etudes Economiques et Financières à la célèbre Direction Général et Contrôle des Grands Travaux (DGTX aujourd’hui BENETD). Cette structure stratégique dirigée par le puissant Antoine Cesareo, pilotait tous les projets de développement de la Côte d’Ivoire. Le jeune ingénieur de 35 ans, pur produit de la DGTX, est  nommé en 1990, par AlassaneOuattara, le nouveau Premier  Ministre, Conseiller Technique, chargé de la coordination et du suivi de la mise en oeuvre des politiques dans les secteurs de l’agriculture, des transports, de l’énergie et des Ressources Humaines. Dès lors commence une longue amitié qui sera mise à rude épreuve  pendant de longues années avec les vicissitudes diverses de la scène politique ivoirienne.

Déjà, après la disparition du président Houphouët Boigny le 7 décembre 1993, son seul premier ministre, tente de contourner la constitution avec l’aide du Président Philippe Grégoire Yacé. La loi fondamentale est finalement appliquée et  Henri Konan Bédié devient le successeur du premier Président de la Côte d’Ivoire.  Une polémique sur la nationalité de l’ancien locataire de la Primature nait dans une ambiance surchauffée par le concept mal maitrisé « de l’ivoirité ». Une grande traversée du désert s’impose à Alassane Ouattara au  RDR. La raison, les affres de la succession du « Père de la nation » ont laissé des blessures profondes et indélébiles. Les cadres du RDR pour la plupart ressortissants du Nord resserrent les rangs derrière leur leader.

Naturellement, Amadou Gon Coulibaly est de la partie. Il ne lâche pas son patron et  prend quelque liberté avec la tradition de sa famille à Korhogo, originellement PDCI et rejoint le Rassemblement des républicains (RDR). Il prend le flambeau de la lutte pour la réhabilitation de l’Ex-Premier Ministre aux cotés des membres fondateurs de ce parti créé en 1994, suite à une dissidence au sein du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de Henri Konan Bédié.

Pour rappel, les membres fondateurs du RDR sont les suivants : Djéni Kobenan, Hyacinthe Sarassoro, Pierre Badobré, Henriette Dagri Diabaté, Malan Jean, Soumahoro Amadou, Ayié Ayié Alexandre, Diakité Coty Souleymane et Hyacinte Lerroux.

En octobre de cette même année, Amadou Gon Coulibaly, Henriette Dagri Diabaté et toute la direction du RDR se retrouvent en prison.

Soutenu par ces personnalités, figures marquantes du RDR, le baptême de feu d’Amadou Gon Coulibaly se fait naturellement à Korhogo, sa ville natale, lors des élections législatives de novembre 1995. Première grande épreuve politique difficile  pour lui, suite au boycott  actif de la présidentielle d’octobre de la même année, lancée par le Front républicain composé du Front populaire ivoirien (FPI), de Laurent Gbagbo, et du Rassemblement des Républicains (RDR), dirigé alors par Djéni Kobina.

Dans la capitale du nord, 4ème ville de la Côte d’Ivoire, Amadou Gon Coulibaly, intrépide très attaché à sa tradition, décide d’affronter son oncle Kassoum Coulibaly, président du puissant Syndicat National des Transporteurs de Côte d’Ivoire et membre du PDCI. Le « Lion » comme l’appelle ses partisans, sort victorieux de cet affrontement familial turbulent et œuvre ardemment pour le retour au pays de son mentor. Il faut signaler qu’Alassane Ouattara est sous le coup d’un mandat d’arrêt international lancé contre lui par Henri Konan Bédié, le 29 novembre 1999, pour « faux et usage de faux » sur ses cartes nationales d’identités.

En octobre de cette même année, Amadou Gon Coulibaly, Henriette Dagri Diabaté et toute la direction du RDR se retrouvent en prison. Ils sont accusés de violences au cours d’une manifestation contre le régime Bédié et ensuite condamnés à deux ans de prison. Deux mois plus tard, ces responsables du RDR retrouvent la liberté. Le coup d’État du général Robert Gueï, le 24 décembre 1999 leur est heureusement salutaire. Le RDR entre dans un gouvernement de transition mis en place en janvier 2000.

Curieusement, Amadou Gon Coulibaly, fidèle parmi les fidèles n’est pas de la partie. Peut-être, une stratégie de son mentor qui le fait nommer plus tard, ministre de l’Agriculture en avril 2003 sous le président Laurent Gbagbo. Ceci, après les accords de Linas-Marcoussis avec les auteurs du coup d’Etat manqué du 19 septembre 2002, transformé en rébellion, dirigés par Guillaume, aujourd’hui en exil en France.

En mars 2006, Amadou Gon Coulibaly est nommé Secrétaire Général Délégué, du RDR  au moment où ce parti est traversé par des courants contradictoires internes violents. Il  réussit à canaliser les énergies divergentes. A juste titre, par reconnaissance, Alassane Ouattara lui confie la Direction nationale de sa campagne pour la présidentielle 2010 confirmant ainsi, toute la confiance qu’il a en son Ex-Premier Ministre.

Justement, selon Maria Michel Marzono, chercheuse, philosophe et écrivaine italienne, très engagée politiquement : « Au sens strict du terme, la confiance renvoie à l’idée qu’on peut se fier à quelqu’un. Le verbe confier (du latin confidere : cum, « avec » et fidere « fier ») signifie, en effet, qu’on remet quelque chose à de précieux à quelqu’un, en se fiant et en s’abandonnant ainsi à sa bienveillance et sa bonne foi. L’étymologie du mot montre par ailleurs les liens étroits qui existent entre la confiance, la foi, la fidélité et la confiance ». L’ex-Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly, Ex-Président du Directoire du RHDP et Ex-Maire de Korhogo, était bien l’un des confidents et plus proches collaborateurs du Président Alassane Ouattara qu’il connaissait depuis près de 30 ans ans.

Au cour d’une visite d’Etat à Korhogo, le 3 juillet 2013, la première Dame Dominique Ouattara dira justement aux populations de Korhogo : «  Votre fils (…), connait le Président Alassane Ouattara et moi-même, depuis près de 25 ans. Toutes ces années durant, il a fait preuve d’une confiance et d’une fidélité remarquable. Sa constance et son engagement lui ont valu d’être appelé, le fidèle des fidèles. C’est un homme d’une droiture exemplaire. Il a été de tous les combats avec nous, sans jamais, céder au découragement ni aux pressions (…) ». Gon Coulibaly  a toujours soutenus les Ouattara contre vents et marrées et l’épisode du confinement à l’Hôtel du Golf, pendant la crise postélectorale de 2010-2011 les avaient davantage rapprochés.

Toute la classe politique ivoirienne est unanime : la Côte d’Ivoire perd un grand homme d’Etat.

La Côte d’Ivoire perd un grand homme d’Etat avec la disparition d’Amadou Gon Coulibaly. L’ensemble de la classe politique ivoirienne ne tarie pas d’éloge en son endroit. L’opposition dans toutes ses dimensions, a présenté ses condoléances, au Président de la République, à la famille biologique et politique du grand disparu. Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, anciens Présidents de la République, ne sont pas en reste dans cette démarche, ils déplorent le décès de l’arrière petit-fils du patriarche Péléforo Gon Coulibaly.

Maintenant, au-delà de cette tragique disparition à la tête du gouvernement et du parti au pouvoir, Amadou Gon Coulibaly était le Président du Directoire du RHDP et candidat à l’élection présidentielle d’octobre prochain, son décès rebat inéluctablement toutes les cartes au sein de ce parti. Il relance l’idée d’une éventuelle candidature du Président Ouattara pour un 3ème mandat qui, va susciter des débats houleux. En effet, arrivée au pouvoir en 2010, après une sanglante crise postélectorale, puis réélu sans problème en 2015 dans une alliance avec le PDCI, Alassane Ouattara, 78 ans, avait annoncé en mars dernier, ne pas vouloir briguer un 3ème mandat.

La Constitution ivoirienne limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Mais, le chef de l’Etat et ses partisans estiment que le changement de Constitution en 2016, après sa réélection, a remis le compteur à zéro et lui donne légalement le droit de se présenter. L’opposition considère que la loi fondamentale le lui interdit strictement. De toutes les façons, les noms de personnalités qui pourraient remplacer Amadou Gon Coulibaly, en cas de non candidature d’Alassane Ouattara, circulent déjà en ce moment. Les noms qui reviennent régulièrement sont ceux d’Hamed Bakayoko, Ministre de la Défense, Daniel Kablan Duncan, Vice-Président de la République et Patrick Achi, Secrétaire Général de la Présidence.

A quatre mois de l’élection présidentielle le compte à rebours a commencé dans le camp du RHDP qui, forcement, doit trouver une carte de rechange à Amadou Gon Coulibaly pour espérer garder le pouvoir face à une alliance du PDCI d’Henri Konan Bédié et du FPI de Laurent Gbagbo. Décédé le 8 juillet dernier, Amadou Gon Coulibaly a droit à des funérailles nationales. Justement, un deuil national de huit jours a été décrété par le Président Alassane Ouattara.  Le mardi 14 juillet, des hommages lui ont été rendus sur le parvis du palais présidentiel. Son inhumation aura lieu le vendredi 17 juillet prochain à Korhogo sa ville natale.

 Ben Zahoui-Dégbou

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