Covid-19: L’émouvant témoignage d’un ex-malade du Coronavirus

Dossiers

Ce récit qui suit est particulier. Il va forcément figurer dans les annales de la pandémie du Coronavirus. Ce que vous devez savoir, ce que vous ne compreniez pas sur la question du Covid-19, ce à quoi vous ne vous attendez pas sur le sujet… La plume de notre ancien malade a été généreuse, mais rigoureuse. A vous de faire votre propre opinion…

RÉCIT D’UN GUÉRI DU COVID-19 

1- Jamais je ne l’aurai envisagé.  Lorsque ce fameux mardi 17 Mars , à l’aéroport Bruxellois, Zaventem, je suis embarqué dans cet avion Airbus SN 369 de la compagnie SN Brussels en direction de Yaoundé Nsimalen. Assis sur le siège 10K, je fais la revue de mes activités de ces jours passés en Europe avec mes contrôles médicaux effectués chez mon cardiologue le Pr Yves Zelenko de l’hôpital américain de Paris 26 Avenue de Villiers et mon ophtalmologue , le Dr Daniel Mostrel 66rue de Hauteville Paris. Je rumine ce rendez-vous professionnel que je n’ai pas pu honorer à Brescia en Italie à cause du Covid-19 qui fait déjà rage en cette première partie du mois de Mars 2020. Dans ce SN 369 qui va me déposer à Yaoundé aux encablures de 22h 50, je me projette déjà sur mon agenda du reste de la semaine pour me rendre compte que mes prochains seront plutôt chargés. Pendant une heure de temps, je  lis plusieurs pages de cet ouvrage du président François Hollande « Répondre à la crise démocratique », édition Fayard, Octobre 2019.Mais je dois dormir un peu et j’endors donc. Il est 22h lorsque notre vol foule le sol de l’aéroport de Douala. L’escale qui doit durer 30 minutes en prend quatre fois plus. Restés dans le vol, on s’impatiente. Mais on ne peut faire plus que s’impatienter. Alors on s’impatiente seulement.On finit par reprendre la direction de Yaoundé. Après 30 minutes, Yaoundé. Je vais enfin pouvoir être à la maison. Quarante-cinq minutes seront suffisants pour. Cette pensée sera la plus grande fausse évidence que je m’étais faite. Et pour cause ?
2- À notre descente de l’avion, au bas de la passerelle, nous sommes accueillis par une centaine de personnes constituées de policiers, gendarmes, médecins et infirmiers. Couverts de vêtements de protection, les personnels sanitaires nous imposent de subir le termo-flash qui indique la température de chacun. À ce niveau, quelques personnes sont retenues. Manifestement, elles font la fièvre au-delà de 38,5 degrés. Nous sommes tous priés de restituer nos passeports qui seront derechef confisqués. Nos bagages mains sont désinfectés à l’aide des pulvérisateurs. On s’imagine alors que nous sommes suspectés d’être porteurs de Covid-19. Lorsque tout le monde est descendu du vol, lorsque tous les passeports sont confisqués, Madame le délégué régional de la santé publique du Centre à côté du Gouverneur du Centre, nous annonce que le Gouvernement de la République vient de décider de notre confinement obligatoire. Nous serons donc repartis dans une bonne dizaine de structures hôtelières de la ville de Yaoundé. Impuissamment et sous surveillance policière.          C’est dans un silence de cathédrale que nous faisons le chemin de Nsimalen pour l’hôtel où le chauffeur de ce bus de 56 voyageurs a été prié de nous amener. Il est 4h 05mn au moment où j’éteins la lumière dans cette chambre du 4 ème de l’hôtel. Il faut que je dorme mais y parviendrais-Je ? Trop d’émotions !3- La nuit ne dure que moins de deux heures. J’ai en effet un rendez-vous important ce 18 Avril ici à Yaounde en début d’après-midi.  Ce rendez-vous est une opportunité. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai pris le vol retour pour le 17 Mars. Que va t-il se passer dans les minutes et les heures qui suivent ? Voilà la grande question que je me pose dès 6 heures du matin. Je ne peux plus me le cacher : je suis angoissé. Je tire le rideau de la chambre. Le jour à fini de poindre. Il y a un chantier d’agrandissement de l’hôtel juste là, derrière ma fenêtre.

Dès la descente de l’avion, les passagers en provenance d’Europe sont examinés et confinés.


4- Assurément on prépare le coulage d’une dalle supplémentaire. Je regarde donc les ouvriers arriver. Non. J’ allume la télé. On y parle de corona virus. J’éteins aussitôt les bêtises. J’en ai ras-le-bol. Je prends l’un de mes téléphones. Il est éteins. Je prends l’autre. Éteins lui aussi. Il faut les recharger. Au demeurant, comment je vais faire pour occuper mon temps et mon esprit ? Il n’est que 6 heures du matin. Aucune autorité ne peut venir à cette heure pour nous dire quoi que ce soit, du moins, je le pense. Je décide donc de sortir de la chambre. En refermant la porte derrière moi, j’oublie de prendre la carte magnétique qui sert de clé. Je m’en rends compte une seconde après. Qu’importe! Je prends l’ascenseur. Au hall de l’hôtel, je retrouve d’autres confinés.5-  Certains ne sont même couchés. Ils y passer le reste de nuit, qui à boire, qui à fumer mais tous à papoter. Y avait autre chose à faire ?  Je me joins à eux. Quelqu’un à t-il des nouvelles ? Le personnel de l’autre nous découvre au fur et mesure de leur arrivée. Ils sont hagards. Mais les autorités avaient prévues des gants, cache-nez et autres gels hydroalcoolisés. Ils s’affairent comme d’habitude. Non, pas tout à fait comme d’habitude. Avec ces clients d’un autre genre. Ces clients qui puent la mort.  Alertés, je ne sais par qui , les autres clients installés depuis jours et semaines dans cet hôtel partent sans demander leurs restes. Ils n’ont à faire ici, à  côté de ces distributeurs de mort. On nous annonce un médecin.  On attend, on attend. On nous annonce une autorité. On attend, on attend encore. Finalement, nous sommes là, presque tous au hall de l’hôtel. Certains prennent place au restaurant- bar , juste là, la porte d’à côté. On fait connaissance. On rigole. On téléphone. Au final la tension baisse. On réalise enfin  que nous avons été au mauvais endroit au mauvais moment.  On commence déjà à s’appeler par noms ou prénoms. On commence à se connaître. Parmi nous , des enseignants d’université, des diplomates, fonctionnaires de haut rang, un prêtre, une policière, des agents sportifs internationaux, deux pharmaciennes l’une étant la fille de l’autre, un garçon de dix ans avec sa mère.6-  Bientôt il faut manger quelque chose. On nous annonce que rien n’est prevu pour nous dans ce sens. Certains paient de leur poche. D’autres n’ont pas le coeur à manger. Encore sous le choc.  Ce moment de confusion de mercredi matin constitue le premier moment de possibilité de contamination post- aéroport. Au fur et mesure que les minutes succèdent aux minutes, et les heures aux heures, on s’ennuit. Chacun appelle ses connaissances du Ministère de la Santé  ou de la haute administration. Jusqu’ici, je n’ai appelé que mon épouse, elle-même se trouvant au Canada. Elle a voyagé quelques jours seulement avant moi.
7- Vers 13 heures , je commande moi aussi à manger à l’hôtel et je paie par Mobile Money. A l’extérieur la sécurité est renforcée. D’autres policiers et gendarmes sont arrivés. On est tout bon prisonniers. Qu’importe, me dis-je, je n’ai aucune intention de me défiler. Je dois respecter tout ce qui sera dit. D’ailleurs, nos passeports sont confisqués. La journée se passe ainsi. Personne ou presque ne se confine. Aux environs de 18heures, arrivent certaines personnes. Ce sont des agents du Ministère des Finances et du Ministère de la Santé publique. Majoritairement des femmes. Nous sommes priés de les écouter. Elles nous disent que nos repas seront pris en charge par les fonds publics à raison de 17500 francs par personnes par jour. Cette mesure n’aura duré que deux jours car plus tard les 17500 francs seront ramenés à 15000 francs. La journée s’achève sans autre information. Et l’angoisse remonte.

Se désinfecter régulièrement les mains.


8-  Nos familles commencent à  s’inquiéter. Mes collaborateurs qui savaient que je reprendrais le travail le 18 Mars viennent aux nouvelles. Alors, j’explique et surtout, je rassure.Le lendemain un médecin et deux infirmières arrivent. On prend la température et on nous fait signer un formulaire sur lequel nous enseignons sur notre identité, notre pays de provenance, notre état de santé actuel , notre numéro de téléphone et celui d’une personne qu’on pourrait appeler en cas de nécessité. Surtout notre localisation exacte et notre signature.
9- le médecin nous dit que nous serons libérés ce soir ou demain matin,le temps de nous ramener nos passeports. On se réjouit . La délivrance c’est pour bientôt. On s’était trompés. On a en effet attendu en vain notre libération. Las, on s’est résolu à comprendre que nous avons été bluffés. Notre sortie de ce merdier, ce ne sera finalement pas pour tout de suite. La rumeur suivant laquelle nous allons y passer quatorze jours devient de plus en plus sérieuse. Les familles commencent à venir. Elles sont à chaque fois bloquées par les policiers ou les gendarmes. Ces derniers sont les plus zélés. Ils sont menaçants et même un peu bêtes. Mon épouse m’a fait amener une mixture d’ aloe Vera, dans deux litres d’eau. Cela doit m’aider assurément. Les gendarmes n’en ont cure. Mes explications n’ont pas de succès. Entre deux d’entre eux et moi, le ton monte, le verbe vole très haut. Mais ils ont le dernier mot. Je n’aurai pas finalement ce breuvage.
10- Je suis énervé. Dans les instants qui suivent, un ami m’appelle. Je ne dois présenter aucun signe d’énervement : il faut rassurer. Autour de 20 heures, on est sept ou huit personnes autour d’une table. On dévisse, on rigole , rien de sérieux. Certains ont une bouteille de bière devant eux, puis une deuxième avant une troisième. On est au bar de l’hôtel. On se dit tous bien portants. On se raconte. C’est convivial. Le personnel du bar s’impatiente. Ils doivent rentrer chez eux . Moi je prends une tasse de thé et une deuxième aussi. L’ alcool et moi , ça fait deux. Nous ne faisons pas bon ménage. Tout ceci , c’est pour évacuer notre sortie manquée. Vers minuit je monte dans ma chambre. Je ne dois surtout pas allumer la télévision. J’appelle mon épouse. Je prends les nouvelles. Je réussi à m’endormir. Désormais je sais que je suis là pour 14 jours.11- Le lendemain, deux personnes parmi nous commencent à sentir des malaises. Le nez coule et la température est montée. Dans l’après-midi, deux médecins débarquent et les consultent. On les fait également le dépistage du covid-19. Deux jours après, l’un deux sera déclaré positif et une ambulance viendra le prendre pour l’amener à l’hôpital Jamot. Entretemps, nous aurions été contaminés.  Sachant que nous avons à passer 14 jours dans cet hôtel, il faut tout faire pour que nous soyons dépistés par prélèvement. C’était le sens de notre revendication. Nous étions courroucés et au fur et à mesure que le temps passait, les nerfs étaient à rude épreuve. Un jour, nous avons eu maille à partir avec les gendarmes et policiers au point où ils ont pris d’assaut l’ascenseur et les 3ème et 4 ème étages pour nous contraindre à ne plus sortir de nos chambres.

Coronavirus, une réalité.

12- Le samedi 21 Mars, on nous annonce que nous serons finalement testés. A dix heures, un bus vient nous chercher et nous sommes conduits au Palais de Sport loin là-bas de l’autre côté de la ville. C’est un trajet que j’effectue quotidiennement pour me rendre à mon lieu de travail. Aujourd’hui, c’est dans les oripeaux d’un confiné, ou plutôt d’un prisonnier, dans un bus que je fais cette route. À notre arrivée au Palais des Sports, on nous donne des sandwiches que nous refusons d’ailleurs et on nous annonce que les kits de prélèvement ne sont pas disponibles. Nous sommes furieux et les mots fusent. Moi , je préfère garder le silence. Je pense à tout mon programme de travail qui est chamboulé. Mais je suis vivant. N’est-ce pas le plus important ? On reprend la direction de l’hôtel, toujours sous escorte policière. Réunis dans ce bus, on peut encore se faire contaminer nonobstant nos cache-nez. Une semaine vont passer et nous serons le 28 Mars. Ce samedi où le ciel est plutôt calme ( il avait plu la veille) , tout semble mis en œuvre pour que nous soyons enfin prélevés. Ce d’autant plus que le Cameroun avait reçu quelques jours avant, un important stock de matériels au rang desquels, les kits de prélèvements. Nous sommes d’abord reçus individuellement par un psychologue puis un biologiste avant de subir le prélèvement proprement dit.
13- Quelques jours avant ce prélèvement, j’ai eu une montée de fièvre et des maux de tête sporadiques. J’ai associé ces maux à un paludisme que je trainais et que je n’avais pas bien soigné. Je prenais alors des comprimés de Doliprane pour faire retomber la fièvre. Elle était têtue et m’a donné plusieurs fois matière à inquiétude. Je n’en parlé à personne sinon à mon oncle médecin qui m’a conseillé un antibiotique à large spectre. C’est cela qui a fait reculer cette fichue fièvre. Je comprendrai plus tard que c’est le Covid-19 qui s’était emparé de moi. Revenant à la séance de prélèvement, elle s’est achevée à 18heures. Un confiné parmi nous, de nationalité burkinabé, ne nous rejoindra pas dans le bus pour le retour à l’hôtel. Son ambassade , nous dira-t-on, viendra le récupérer. Nous ne le révérons pas. Il est environ 18h 30 quand nous rejoignons notre hôtel. Le lendemain à 14h14, l’un des nôtres, un ami et voisin de chambre est retrouvé mort dans sa chambre. J’avais causé avec avant qu’il ne s’enferme dans cette chambre.
14- je ne le reverrai plus. Il avait eu le temps de me dire qu’il avait des soucis de santé. Ce qui l’avait d’ailleurs amené à faire ce voyage pour l’Europe. Nous devions nous retrouvés à notre sortie pour une collaboration car c’était un confrère. Le même jour, son corps sera retiré et sa chambre, normalement désinfectée. Par la suite, j’ai lu des belles faussetés autour de son décès dans les réseaux sociaux lesquels publiaient alors que son corps n’était même pas encore sorti de l’hôtel. 
 Dès le constat du décès de notre compagnon d’infortune, il y a eu comme une onde choc qui est restée pendant le reste de la journée. On était tétanisé. Personnellement, je disais qu’il ne fallait que pas l’information soit diffusée. Mais les réseaux sociaux avaient été plus rapides que ma pensée.15- Je recevais alors des coups de fil des personnes qui étant au courant de ma présence dans cet hôtel, et qui voulaient en savoir davantage. J’étais très peu loquace dans ma réponse, me contentant juste à confirmer l’information du décès. Rien de plus. Je n’étais pas celui qui devait répandre des informations. Des personnes ont pleuré jusqu’au lendemain. Des Femmes surtout . Le personnel de l’hôtel était aussi ému. Certains se demandait si on n’était pas tombés dans un piège. L’autre voisine de chambre du défunt, une camerounaise naturalisée française qui était venue au Cameroun pour assister à l’enterrement de son père (lequel sera finalement enterré pendant notre confinement en l’absence de notre amie) avait déclaré qu’elle ne pouvait plus dormir dans sa chambre. Désormais, tous les matins, on essayait de prendre nos nouvelles, les uns des autres. Nous avions tissé un lien de famille. Il fallait se soutenir psychologiquement. A la télé, on parlait sans cesse du décès de Manu Dibango lorsqu’on avait fini de compter les morts en France, en Italie ou aux États-Unis. Et tout cela n’était pas fait pour nous encourager.16- Entretemps nous étions stigmatisés dans la communication gouvernementale. En effet à chaque fois que le Ministre de la Santé publique donnait l’évolution des chiffres des personnes infectées ou décédées au Cameroun, il ne manquait pas de dire que ces personnes ont été en contact avec telle ou telle personne personne venue de l’étranger. Du coup, dans l’opinion, nous étions rejetés. Nous le sentions. Pour preuve, tous les commerçants du carrefour où se trouve notre hôtel avaient décidé de ne plus vendre quoi que ce soit à toute personne qui sort de notre hôtel. Les vigiles qui faisaient nos commissions étaient obligés d’aller très loin pour faire nos transferts de crédit téléphonique ou pour nous acheter ce dont nous avions besoin. De loin, nous lisions le dédain dans le regard des voisins de l’hôtel. Les gens n’osaient plus s’arrêter devant l’hôtel pour stopper un taxi ou une moto. Les taximen refusaient d ailleurs de s’y arrêter. Le temps, en pareille circonstance, s’écoule très lentement. On scrute la tombée de la nuit. Elle ne semble pas être pressée. Puis arrive finalement le 1er Avril, nous devons finalement avoir les résultats de nos tests. On est nerveux. Tout le monde a fait ses valises. Chacun se dit qu’il sera déclaré négatif au test. D’autres les ont fait descendre au hall de l’hôtel qui est subitement devenu petit.17-  A vrai dire, je m’étais préparé à tout. Même à rester dans l’hôtel. Je savais que je pouvais aussi être déclaré positif, le plus important étant de rester en vie. J’étais prêt à accepter ce qui aura été la volonté de Dieu. Je n’avais pas fait ma valise. C’est à 22heures qu’une équipe du Ministère de la Santé publique conduite par madame le chef service de la Santé mentale arrive à notre hôtel. Entretemps, nous avons été conviés de nous retrouver au bar de l’hôtel sauf 6 personnes. Cinq  personnes nous avaient déjà quittés : le burkinabé, le décédé et les trois dont l’état avéré de contamination avait nécessité leur évacuation l’hôpital. Des 22 que nous étions au départ, nous restions 17. Seules les 5 personnes qui n’étaient pas conviés au bar étaient négatives au test. Nous étions donc 11 positifs auxquels s’ajoutaient les 3 autres qui étaient déjà pris en charge à l’hôpital. Nos résultats nous ont été remis dans des enveloppes individuelles. Nous les avons tous ouvert à l’instant. J’ai été surpris qu’un enseignant d’université de rang magistral qui ne sortait jamais de chambre et recevait ses repas dans sa chambre ait été déclaré positif. Une pharmacienne, la cinquantaine en alerte qui dormait et mangeait avec sa fille à été testée positive pendant que sa fille de 25 ans était négative


18- Lorsque j’ai découvert mon statut de positif ce mardi 1er avril, je n’ai à aucun moment paniqué. J’ai pensé que la volonté de Dieu est en train de s’accomplir. Je ne devrais pas être un obstacle à l’accomplissement de la volonté divine. A 3 heures du matin, nous étions en route pour un autre site de confinement. On pouvait dire aurevoir à cet hôtel qui nous a hébergé pendant 14 jours.Oui j’étais déçu. Oui j’aurais choisi d’être testé négatif. Ce voyage prévu pour 7 heures de temps avait fait 14 jours en plus . Et ça ne suffisait pas. Il n’est même pas certain qu’il devait s’ achever un jour.   À l’hôtel, l’ambiance était lourde . Cela se voyait. Des gens s’interrogeaient. Plus personne n’avait le sourire. Pas même les 5 personnes qui étaient admises à rentrées chez elles. Je sens que la charge émotionnelle monte. Mais je ne dois pas paniquer, je ne panique pas.

19- Alors je prends un décision grave : je n’informerai ni ma famille ni mes amis ni mes collaborateurs de mon statut de positif au covid-19. C’est un fardeau que je dois porter seul. Il faut épargner les miens de cette vérité. J’en connais qui pourront faire n’importe quoi si cette information leur parvient. Dans l’opinion, on sait que dès qu’on est testé positif, on est inscrit à l’article de la mort. C’est une question de minutes au pire, d’heures au mieux. Mais,c’est inéluctable. Les informations et les images que diffusent les chaînes de télévision ont alimenté cette conviction. Qui suis-je, pour faire croire le contraire ? On ne communique pas assez sur les cas de guéris. Très peu savent en ce 1er Avril , qu’on peut se remettre du Covid-19. Dans le bus qui nous amène dans le nouveau site d’ Olembe , quartier situé du côté Est de la ville de Yaoundé, personne ne parle à personne. Auparavant le bus s’est arrêté devant un autre hôtel pour embarquer d’autres personnes testées positives. Nous traversons toute la ville de Yaoundé. Le silence en dedans comme en dehors règne. Mais personne ne dors dans ce bus.

20-  Assis sur un siège au 7 ème rang du bus, je me souviens que jusqu’à date, aucun traitement n’est trouvé contre ce virus. On va tout droit au mourroir ? C’est tout comme. Alors je battis donc ma medicamentation autour de quatre piliers : 1- la prière  2- la force mentale  3- mon système immunitaire  4- toute décoction qui peut m’ être proposée.               La traversée de la ville se fait dans ce bouillonnement d’idées. A un moment, je me dis que je dois dormir un peu mais je n’y parviens pas.  Après une trentaine de minutes, on arrive au lieu des logements sociaux d’Olembe. Sur place une trentaine de personnes testées positives nous avaient précédé. Elles venaient d’un autre hôtel. Elles avaient voyagé avec le vol AF900 de Air France. Ces personnes de tous les âges étaient assises sur des bordurettes de la cour. Elles étaient arrivées une heure de temps avant nous et avaient été déçues de l’état intérieur des bâtiments dans lesquels nous devons entamer notre second confinement. Je n’ai pas le temps de verser dans les jérémiades.21- On est déjà en mauvaise posture. Quoi de pire? Tant qu’à faire, je choisis une chambre dans un appartement de 3 chambres. Je suis imité pour deux compatriotes naturalisés français. Ils prennent les deux autres chambres de l’appartement. Je découvre avec plaisir que ma chambre a une toilette interne. Une petite satisfaction dans cette nuit de tourments. Le lit est en fer et ne fait que une place. Il n’y a ni drap ni oreillers. Mon sac est posé dans le placard. Je vais me changer et me coucher sur ce lit sans drap ni oreiller. Est-ce que je dois appeler mon épouse ? Je ne le fais pas. Une prière et puis je ferme les yeux. Dehors les gens râlent. Ce sont les « mbenguistes ». Ils espéraient trouver du confort ici. Moi mon confort, je le trouve dans ma tête. Je suis rappelé au souvenir de ma vie d’étudiant dans le campus universitaire. La nuit n’a duré que deux heures de temps. Le matin, on se découvre. Nouvel environment , nouvelles personnes. Le courant passe très vite. On fait le tour du propriétaire. Jusqu’à midi, personne pour nous dire quoi ce soit. Seuls les policiers et les gendarmes assurent la sécurité pour éviter des évasions. Ils pensent que nous avons l’intention de fuir. Nos passeports nous avaient été restitués juste après les tests.
22- Parmi nous, le président du Conseil d’ Administration d’un grand hôpital de la place avec son épouse qui est Maire d’une commune à l’ Est du pays, un Lieutenant et un Capitaine de l’ Armée, deux médecins, deux biologistes naturalisés canadiens, deux fonctionnaires informaticiens du Ministère de la Santé publique revenant de mission en France,cinq expatriés donc un italien, un portugais, un espagnol et deux français. Ces français sont venus faire des investissements massifs dans le secteur de l’ agriculture. L’un d’eux est diabétique et donc sujet vulnérable.  À l’hôtel où il avait été confiné, il avait fait une crise  au point où on a craint le pire. Les médecins venus à son secours lui ont fait un test du covid-19. Il s’est avéré qu’il est négatif mais on l’a maintenu en confinement et il a finalement été contaminé. Deux autres personnes ont eu une situation similaire.   Une dame d’une soixantaine d’années et qui se déplace à l’aide de béquilles a demandé à son fils de lui apporter ses médicaments ici à Olembe. Une heure plus tard, son fils était arrivé avec ces médicaments dans le sac . Malheureusement les policiers conduits par un commissaire divisionnaire un brin zélé et imbu , ont refusé que ce sac de médicaments soit remis à la dame. Malgré son handicap, et aux termes de vaines supplications, elle a bousculé la barrière de sécurité en avançant vers son sac. En larmes, elle a demandé aux policiers de tirer sur elles si ça leur chante mais, elle doit récupérer ses médicaments coûte que vaille. C’est alors que nous avons tous pris à partie ces policiers qui n’avaient finalement pas d’autres choix que de céder.

23- Jusqu’à midi nous n’avons pas reçus de petit déjeuner. Lors des deux derniers jours à l’hôtel, les responsables des Ministère des Finances n’ont pas payer pour nos repas à l’hôtel. Du coup, nous avons supporté de payer par nos poches. J’en ai payé une fois pour deux personnes. N’ayant pas des espèces, j’ai réglé les factures par Mobile money. Pendant deux jours. Alors que le discours officiel indiquait que nous sommes pris en charge sur ce plan là par les fonds publics.    Lorsque le Ministre de la Santé publique arrive vers nous en ce midi, floqué d’une ribambelle de collaborateurs et du Gouverneur du Centre, je ne manque pas de lui dire que nous ne sommes pas nourris depuis trois jours. Je lui dis aussi  que je pense que la communication gouvernementale est stigmatisante à notre endroit. Cette prise de parole sera relayée dans les réseaux sociaux et quelques chaînes de télévision. Il promet d’améliorer nos conditions de confinement. Il assure également que nous allons subir un test de contrôle dans un délai d’une semaine mais reste muet sur la question de savoir comment nous serons pris en charge sur le plan sanitaire.  Ce qui me semble le plus important, c’est le fait qu’il autorise que nous recevions des choses qu’on nous apporte. En réalité, je pense que cette mesure n’est pas fortuite car le Ministre savait que les médecins ne devaient  nous donner aucun médicament et que nous ferions venir des produits de la pharmacopée traditionnelle pour nous aider à recouvrer la santé. Mais il ne pouvait le dire en ces termes là, lui , Ministre de la Santé publique. Et il le savait. Ça, je l’avais compris, comme j’avais compris ,dans la tempestivité de la visite ministérielle, que nous devons être les acteurs de notre propre guérison.

24- Presque deux heures se sont écoulées depuis le départ du Ministre. On nous fait livrer de la nourriture dans des gamelles. Une portion de riz avec un soupçon de sauce et du poulet. Des morceaux de pain sont au menu. Deux bonbonnes d’eau de dix litres .Fourchettes et couteaux en plastique. Vous l’avez compris: pas de verres ou gobelets. Mais bon. Avez-vous déjà vu un prisonnier choisir son menu ou exiger la quantité de son repas? D’aucuns sont scandalisés. Moi je n’en ai cure. Je ne suis pas un gros mangeur. Je me suis habitué au repas unique. Ma préoccupation était ailleurs : comment faire pour remonter la pente vers ma guérison. Le moment est venu de mettre en œuvre les quatre piliers que je me suis choisis. Je sens que ma gorge chauffe plus qu’à l’accoutumée, quelques démangeaisons autour du nez et aussi des maux de tête à temps partiel. Pas de panique : le combat est engagé contre le Coronavirus. A l’issue, un seul va survivre. Je dois mobiliser tous les piliers en même temps.1- La prière L’arme fatale, c’est le Psaume 91 . Il est efficace dans les situations de détresse. Quand tout semble compromis. La prière à l’ Ange gardien. Le Pater Noster ainsi que le Ave Maria sont au d’attaque . Prières personnelles aussi. Ceci tous les jours. Il faut se recommander à Dieu et recommander le monde entier.25-  2- La force mentale         Ce n’est pas la volonté de la puissance. C’est la puissance de la volonté. Je me dis que j’ai sept jours pour guérir avant le prochain test annoncé par le Ministre.  Les tweets du Ministre commencent à annoncer des cas de guérisons. A ce jour, on parle de 5 personnes guéries. Cela me donne du courage. Je décide de passer au sport. Je fais de la marche et du footing autour de quelques bâtiments de cette cité. Je me détermine comme un guéri en puissance. Je pense à dire la vérité aux miens. Je me retiens. Je discute avec mon oncle médecin, le seul que j’ai informé de ma situation et qui garde bien le secret car ceci est un secret médical. Je décide donc de communiquer sur mon statut à la veille du test de contrôle lorsque je serai au bout de mes efforts. Pour tout ce que  je dois faire, j’ai le devoir de guérir.26- 3- Mon système immunitaire             Je ne faisais pas confiance à mon système respiratoire. Il y a quelques temps j’ai eu des soucis avec mon cœur. C’est pourquoi je passe des contrôles réguliers en France auprès d’un des meilleurs spécialistes de France. Alors il faut capitaliser sur mon système immunitaire. Je discute avec mon oncle. On conclut que je dois continuer à prendre quotidiennement la Vitamine C. Ça tombe bien: j’en ai quelques boîtes dans mon sac. Par ailleurs, il me conseille de manger suffisamment. Et ça, c’est pas le plus simple.

27-4- les décoctions Je pense que cette automédication aura été décisive. J’ai pris presque simultanément de l’huile de nime à raison d’une cuillère à soupe deux fois par jour. En même temps je buvais un verre d’eau contenant de l’ aloès vera reparti en demi-verre deux fois par jour. J’en ai pris deux litres au total. Une fois par jour, je faisais l’infusion à base de citronnelle que je melangeais avec trois lemons. Je les fendais en quatre morceaux avant de les mettre dans la bouilloire. A défaut de marmites, je me suis fait acheter une bouilloire. Pour faire complet , j’ajoutais du gingembre que j’ avais au préalable écrasé avec mes dents. J’en faisais autant avec de l’ail. Le dernier élément était le clou de gironfle. Je faisais bouillir tous ces éléments. Je versais alors le liquide dans un seau. Et avec le litre et demi de produit liquide,je faisais une infusion jusqu’à ce que cela ne soit plus chaud. Ceci prenait environ 15minutes. Mais avant de me couvrir pour commencer l’infusion, je mettais du mentholatum dans le seau de liquide chauffant. Une cuillère à café de cet élément faisait mon affaire. Après cette infusion , je faisais réchauffer le reste de liquide qui était dans la bouilloire. J’en buvais une tasse après y avoir ajouté du miel et du gingembre en liquide. Cet exercice, je l’ai répété tous les jours jusqu’au dernier. Lorsque j’avais terminé de consommer les 2 litres d’aloès vera, j’ai laissé passer deux et j’ai commencé à boire l’Ekouk. C’est une mixture est plus connue notamment dans les régions du Centre et du Sud. Elle est faite à base de trois écorces. Amère mais efficace, elle est réputée pour être un rempart contre le paludisme. J’en ai pris quatre litres. Trois verres par jour. Jusqu’au dernier.

Vivement qu’un remède soit trouvé contre cette pandémie.

28- On posera la question de savoir de qui je tiens ce protocole de soins. La réponse est simple : j’ai lu tout un florilège de processus de soins ou de prévention contre la pandémie dans les réseaux sociaux. Les prières m’ont orienté vers ces choix et je les appliqués à mes risques et périls. De fait, je  redoutais moins le péril que le risque. Nous n’avons reçu des autorités sanitaires ni le moindre comprimé ni la moindreordonnance. Il fallait guérir, il fallait faire quelque chose. Au milieu de plusieurs autres choses.               Sur la base de ces piliers, j’avais programmé ma guérison. Lorsque ce 09 Avril , les médicaments sont annoncés pour nous faire ces prélèvements ( l’exercice consiste à introduire une espèce de petit bâton ,au bout duquel il y a un élément qui ressemble à du coton, à l’intérieur de la narine puis dans la gorge) je fais une ultime prière et je dis que les dés sont jetés.

29- C’est avec la foi du devoir accompli que je me soumets à ce test contrôle. Les signes symptomatiques ont disparu. Seul le stress s’est emparé de moi. La veille, j’ai annoncé aux miens que j’ai été testé positif au covid-19. Je suis resté rassurant. Avais-je seulement le choix? Rien n’est moins sûr. Cette fois , je n’avais rien envisagé d’autres que d’être déclaré guéri et d’achever ce voyage, non, cette pérégrination. Il est 12heures ce samedi 11avril lorsque je foule le sol de mon domicile après un confinement de 25 jours. Au demeurant, j’aurais appris, j’aurais vu, j’aurais vécu.

Fin

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