Côte d’Ivoire : Appel pour un retour apaisé au pays du Président Laurent Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé

Politique

Par Bertin Kadet

Le Président Laurent Gbagbo et le Ministre Charles Blé Goudé, en détention à LA HAYE ont obtenu, le 28 mai 2020, après leur acquittement, la levée des restrictions de déplacement auxquelles ils étaient soumis. Une nouvelle qui a rempli de joie nous les militants du FPI et tous les ivoiriens épris de paix et de réconciliation. Les commentaires jubilatoires et les spéculations de tous genres vont bon train quant à l’idée et à la possibilité de leur retour au pays natal. Au-delà de ces spéculations et commentaires passionnés et parfois excessifs, il convient, à tous les militants anonymes comme de premier plan, de revenir à la saine appréciation des réalités du moment en se posant la question du comment faire pour obtenir un retour rapide et sécurisé des deux personnalités en Côte d’Ivoire et ce, d’autant plus qu’ils sont frappés de condamnation par la justice ivoirienne.

Pr. Bertin Kadet

En ma qualité d’acteur et observateur de la vie politique nationale, je voudrais m’autoriser à suggérer des voies qui me paraissent sûres voire essentielles pour le retour tant désiré de ces deux personnalités qui, à l’évidence, comptent parmi les clés de la réconciliation entre les filles et les fils de ce pays, considéré comme l’une des locomotives de la sous-région.

Quelles sont ces voies ? Ce sont  celles de la logique, du discernement, de la responsabilité et de la maturité. Ce sont les voies du militantisme et de la diplomatie.

La voie du militantisme est difficile à parcourir mais elle est importante à suivre. Les sages disent que ce n’est pas au milieu des magnans qu’il faut s’arrêter pour régler un problème. Autrement dit ce n’est pas dans la désunion actuelle du Front Populaire Ivoirien (FPI) que nous obtiendrons le retour rapide de notre leader et du ministre Charles Blé Goudé. Au lieu de s’investir dans des invectives et des luttes de clans ou de positionnement qui sont improductives, nous devons nous mobiliser tous, responsables toutes tendances confondues, autour de l’objectif visé qui est le retour de celui qui nous a tous « faits.» Une fois l’objectif atteint, on pourra laver le linge sale en famille. J’en appelle donc à tous les cadres et militants du parti à un sursaut de mobilisation pour le retour de nos illustres prisonniers. Les prises de position figées, les luttes de clans ne nous mèneront nulle part qu’à la désillusion. Allons humblement vers la base pour nous nourrir de leurs idées, de leurs avis, de leurs conseils sur les actions à entreprendre pour atteindre l’objectif qui, aujourd’hui, fait consensus au sein du parti.

En effet à ce jour, aucune voix ne s’est levée au sein du FPI contre le retour de nos deux leaders. Alors, si nous sommes tous pour ce retour, pourquoi maintenir la guéguerre si suicidaire pour tous ? Pourquoi condamner les initiatives de rapprochement avec d’autres forces pour obtenir par des moyens pacifiques et démocratiques, le retour de nos illustres exilés ? Un parti politique en lambeaux peut-il obtenir ce retour ? Je reste dubitatif et très songeur lorsque certains responsables avancent que la carte d’identité du FPI est détenue par une main qui doit la rendre qu’après un dédommagement. Encore plus dubitatif quand d’autres soutiennent que le Président Ouattara doit affréter un avion pour aller chercher le Président Gbagbo à la Haye et le ramener en Côte d’Ivoire. Et je suis perturbé quand d’autres encore affirment ne pas être concernés par un accord politique signé entre le PDCI et une frange du FPI, etc. Ces positions, qui sont nombreuses, sont des erreurs tactiques. Seule la mobilisation est la voie qui nous conduira au succès. Le temps des diatribes et des invectives est dépassé. Asseyons-nous et discutons, tel est notre slogan qu’il convient d’appliquer à présent. 

Le Président Laurent Gbagbo et le ministre Charles Blé Goudé.

Le Président Laurent Gbagbo est un homme de paix, qui a été couvert de toutes les humiliations inimaginables. Dieu l’a préservé et il va le ramener dans son pays afin qu’il y poursuive sa mission de paix et de réconciliation des Ivoiriens. De là où il se trouve en ce moment, c’est toujours la paix et la réconciliation qu’il recommande à ses partisans et à l’ensemble des Ivoiriens. Il n’est pas acceptable qu’il arrive et trouve le FPI en lambeaux, parce que chaque courant de cette formation politique croît détenir la vérité à lui seul.

Regardez comment l’aventure humaine est souvent parsemée de surprises étonnantes et nul ne sait de quoi demain sera porteur. Le Président Henri Konan Bédié a associé son nom à un accord politique impliquant le Président Laurent Gbagbo. Pourquoi ne pas se réjouir d’un tel aboutissement et saluer cette initiative ? Pour ma part, au-delà des interprétations électoralistes qu’on peut lui prêter, cet accord signifie avant tout, que le combat pour la libération totale et le retour du Président Gbagbo en Côte d’Ivoire est aussi porté par le plus vieux parti politique de notre pays. Et ça, ce n’est pas rien. Il faut donc y consacrer de l’énergie. Dès lors les querelles de cour commune apparaissent obsolètes et sans objet.

Pour les raisons évoquées, je demande humblement aux différents courants qui s’opposent au FPI  de réexaminer leur position par rapport à ce deal politique, de poursuivre les discussions engagées pour l’unité du parti et de s’en remettre au Président Laurent Gbagbo avec qui leurs responsables sont régulièrement en contact. En leur suggérant cette posture, je suis conscient que je les mets devant une terrible épreuve, un véritable gôpô social qui s’inscrit dans la lignée de celui que le Président Laurent Gbagbo a accepté d’avaler au nom de la paix, après les accords de Linas Marcoussis (2003). Je sais qu’ils en sont capables. Je les invite à taire les vieux démons et à appeler les militants à la discipline. Quelle que soit la frange du FPI à laquelle chacun est en droit de se réclamer, le temps des diatribes et des invectives doit être dépassé. A cette condition, l’environnement politique et social sera aplani avant l’arrivée du Président Gbagbo et du Ministre Blé Goudé.

La voie du militantisme et la voie diplomatique.

La seconde voie pour un retour rapide du Président Laurent Gbagbo et de Blé Goudé est diplomatique. La diplomatie opère dans la discrétion et ses résultats sont souvent surprenants. Là où les situations semblent désespérées, l’action diplomatique arrive à trouver un chemin. Dans le cas qui nous intéresse, la diplomatie comporte un volet interne et un volet externe. Le volet interne doit s’appuyer sur deux leviers à l’échelle nationale, à savoir la Chambre des Rois et Chefs traditionnels, ainsi que les autorités religieuses. Ces autorités dont le rôle est d’être des médiateurs, des conciliateurs et des réconciliateurs, sont pour la réconciliation dans ce pays. Or, il y a des maillons essentiels qui manquent à la chaîne de cette réconciliation. Donnons-leur la possibilité de conduire des missions auprès des autorités du pays. Leur aura en sortira d’autant plus renforcée qu’ils auront réussi à réaliser une œuvre de conciliation, source de paix et de stabilité nationale. Est-il nécessaire de rappeler en exemple, que lors des élections présidentielles de décembre 2016 au Ghana, les autorités traditionnelles, les chefs de l’Eglise Catholique et le Grand Imam d’Accra ont contribué à apaiser les dissensions qui couvaient entre le président sortant John Dramani Mahama (NDC) et le président entrant Nana Akufo-Ado (NPP) ?

Enfin, le volet externe concerne la diplomatie internationale que nous ne devons pas négliger. Il est utile de rappeler le rôle et l’implication de la communauté internationale dans la crise que nous avons connue. Cette même communauté internationale peut nous aider à dénouer le problème du retour du Président Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé. Beaucoup de données ont changé aujourd’hui. Il s’agit de savoir frapper à la bonne porte en sollicitant par exemple le Président Cyril Ramaphosa, Président de la République Sud-Africaine et Président en exercice de l’Union Africaine. De même, l’ancien Président Sud-Africain Thabo Mbeki connaît suffisamment le dossier ivoirien pour en avoir été un médiateur. Dans la dynamique de recherche d’une voix conciliante, la grande famille du FPI et le COJEP doivent fédérer leurs efforts et mobiliser toutes les bonnes volontés en vue de la libération totale et le retour de nos leaders.

Au total, ce sont  les voies qui me semblent les mieux indiquées pour faciliter le retour du Président Laurent Gbagbo et du Ministre Charles Blé Goudé. La voie du militantisme, si elle doit prospérer, a besoin du renoncement des egos personnels et davantage d’humilité. La voie diplomatique, elle, a besoin de discernement, de courage et de responsabilité, le tout dans une volonté réelle de chacun de solder définitivement cette parenthèse de la vie de notre pays qui aspire à un meilleur développement avec le concours de toutes ses filles et de tous ses fils.

Fait à Abidjan, le 15 juin 2020

Prof. Bertin G. KADET

Maître de Conférences des Universités et Grandes Ecoles du CAMES

Ancien Ministre et Conseiller du Président Laurent Gbagbo

Commandeur dans l’Ordre du Mérite de la Solidarité

Commandeur dans l’Ordre National de la République de Côte d’Ivoire

Tél. 05400500

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