BAD/Enquête indépendante : Ce que redoute Akinwumi Adesina

Economie

La force des arguments des lanceurs d’alerte du Groupe de la Banque africaine de développement se montre inquiétante au regard de ses avancées, comme un rouleau compresseur. Au départ, lorsqu’ils ont porté leurs accusations contre le Président Akinwumi Adesina, la Présidente du Conseil des Gouverneurs, la ministre ivoirienne du Plan et du développement, Kaba Nialé, semblait sceptique. Elle semblait même avoir pris parti pour le Président de la BAD. Mais quand ils ont sorti l’artillerie lourde, elle a dû reculer avec l’honorable Conseil qu’elle dirige, d’où l’option de la « Revue indépendante », c’est-à-dire l’enquête indépendante exigée par le groupe des dénonciateurs. 

Comment la tendance a été renversée ? Voici la contrattaque du 9 mai 2020 : « Madame la Présidente, dans votre lettre à vos collègues Gouverneurs, vous indiquez que vous êtes « d’avis que nous devrions adopter les conclusions (du rapport de la commission) en déclarant que le Président est totalement exonéré de toutes les allégations formulées en son encontre ». Vous les invitiez ensuite à « se joindre à vous pour rétablir la paix et la tranquillité à la Banque ». Nous sommes convaincus que vous avez agi de bonne foi, en faisant preuve du type de leadership qu’on attend d’un Président. Voici la contrattaque du 9 mai 2020 : » Voilà le début de l’argumentaire musclé qui a ouvert les yeux du Conseil des Gouverneurs et fait basculer la force pour examiner plus profondément les préoccupations des mécontents de la BAD. Résultat : Le Bureau du Conseil des Gouverneurs a désigné l’ancienne Présidente irlandaise Mary Robinson pour diriger cette « Revue indépendante » du rapport du comité d’éthique.

La Présidente Mary Robinson.

Et quand on sait la rigueur dont Mary Robinson, haute politicienne, juriste et diplomate, a la réputation alors que Akinwumi Adesina attend son rapport pour envisager un second mandat en août 2020, on peut comprendre l’état d’abattement dans lequel serait plongé le Président de la BAD.

Car si Mme Kaba Nialé et le Bureau des Gouverneurs ont plié devant les arguments des lanceurs d’alerte, parce que « nous sommes convaincus que sans une enquête indépendante, cette crise ne sera pas réglée », pourquoi une source indépendante n’y verrait pas des accusations fondées ? En effet, selon Paul Yuma Morasho, ancien secrétaire général de la Banque Africaine de Développement, « il n’y a pas de fumée sans feu », et cela, au regard des trois crises majeures qu’a connues l’institution, crises dont il a été témoin, en 1970, en 1979 et en 1994. Car, dira-t-il dans sa publication du 17 juin 2020 (Financial Afrik) : « Des dépêches et de nombreux documents qui circulent, dénoncent ou commentent des abus de gestion présumés à charge du Président en exercice, chef exécutif et représentant légal de l’institution ».

Dans sa mission, la Présidente Mary Robinson devrait donc examiner l’examen des 16 allégations contre le Président Adesina et les accusations des lanceurs d’alerte contre le Comité d’Ethique même. Ils estiment que le processus du Comité d’éthique était imparfait et opaque. Pourquoi ? A cause de plusieurs faits dont les interférences extérieures, par exemple dans l’affaire « ED Yano et ED Dowd », les deux membres non-régionaux du Comité ; l’interférence directe du Président où l’avocat américain, selon le journal Le Monde du 30 avril, aurait exercé des pressions sur le Comité d’éthique ; le manque de confidentialité (ED Yano). Nous rappelons aussi le manque de transparence dans d’autres dossiers ; les interférences extérieures, le non-respect des règles et règlements internes en matière de recrutement, la nomination de Mme Chinelo Anohu-Amazu, la nomination et la promotion de M. Martin FREGENE, la mauvaise gestion du Programme TAAT, la démission de M. David Ssegawa et d’autres sujets sensibles. 

La mission de Mary Robinson est donc capitale. Car comme le résume Paul Yuma « Il s’agit de savoir en fait, si la fumée observée de près ou de loin, émane d’un feu anthropique, allumé par une personne en détresse qui cherche du secours ou d’un feu naturel ou causé par des courts-circuits procéduraux, et qui pourrait menacer la survie intacte de l’institution à moyen terme ou son utilité pérenne à long terme. » 

C’est pourquoi le Président de la BAD Akinwumi Adesina redoute cette fin de mission qu’évoque ici l’ancien secrétaire général de l’Institution : « Ces trois crises, prises individuellement, se sont hélas dénouées par la démission et la séparation d’avec un Président en exercice et d’un Président en fin de mandat ».

Ce destin pourra-t-il être enrayé par « l’appel pour un consensus » lancé le 21 juin 2020 par cinq anciens vice-présidents de la BAD ? On peut comprendre la démarche de pompier du mauritanien Ousmane Kane, du tchadien Bedoumra Kordje, du malien Birama Sidibé, du zimbabwéen Sakala Zondo et du sud-africain Mandla Gantsho. Mais là où une commission d’enquête indépendante tant exigée est déjà identifiée, avec sa présidente désignée, une diplomatie parallèle ne devrait pas avoir d’autorité. Mary Robinson devra commencer et achever son travail. Sans des sons complaisants dans ses oreilles. Après quoi, le Bureau des Gouverneurs, à la lumière du rapport final, prendra la décision qui s’impose. C’est un ce rapport qui promet d’être redoutable pour Akinwumi Adesina, l’homme qui « ne soutient pas le président Ouattara à 100% ou 200% mais à 3000% ». 


Germain Séhoué
gs05895444@yahoo.fr 

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