Affaire « ADO seul a visité toutes les régions du pays »/Les 5 handicaps du discours d’Hamed Bakayoko

Politique

C’est avec une honte certaine, que j’ai écouté le discours qu’a tenu le Premier Hamed Bakayoko à Bouaflé, samedi 26 septembre 2020, à l’occasion de la fin de la visite du candidat Alassane Ouattara : « Partout où nous sommes passés, les populations disaient que c’était la première fois qu’elles recevaient la visite d’un chef d’Etat… C’est la première fois dans notre pays que le Président visite toutes les régions, les 31 régions, tous les départements. Les 108 départements ont été visités par le président de la République (…) Le Président Houphouët a visité 11 chefs-lieux de département (11 régions) lors des visites d’Etat tournantes. Un autre chef que je ne voudrais pas citer, a fait deux visites d’Etat dans deux régions et un autre, que je ne voudrais pas citer, a fait une seule visite dans une région. Et c’est vous qui avez parcouru l’ensemble du pays ». Ce discours présente cinq handicaps majeurs.


Le premier handicap. Ce n’est pas intellectuellement correct de ne pas vouloir citer ses prédécesseurs sur une question du fonctionnement de l’Etat aussi importante. C’est un manque de respect et de considération à l’égard de la partition qu’ils ont jouée dans le développement du pays. Car on peut être des adversaires et restituer l’histoire. En ce sens que l’histoire retient qu’après le président Félix Houphouët-Boigny, c’est le président Henri Konan Bédié. Ensuite, le chef de l’Etat Robert Guéi et le président Laurent Gbagbo. Donc, dire « un autre », n’est pas élégant et n’apporte rien à cohésion. Prononcer leur nom ne peut écorcher la boucher ou déstabiliser l’Etat.


Deuxième handicap. Manipulation. Il faut situer les faits dans leurs contextes. Laurent Gbagbo par exemple, n’a pas eu besoin d’arriver au pouvoir pour visiter tous les hameaux de la Côte d’Ivoire. Et lorsqu’il est élu et qu’il a commencé son programme, la rébellion créée pour porter Alassane Ouattara au pouvoir, a divisé le pays. Cela, c’est de l’histoire. Et 60 % du territoire est sous administration rebelle où Gbagbo ne pouvait accéder. En clair, un territoire tenu par les hommes en armes, les amis d’Alassane Ouattara, d’Hamed Bakayoko, du RDR. Et cela, du 19 septembre 2002 jusqu’en 2010 où la guerre a éclaté après la présidentielle et Gbagbo a été déporté à la CPI.

Dans ces conditions, par quels moyens aurait-il pu faire ces visites d’Etat à l’intérieur du pays si, au même moment, interdit dans les zones Centre Nord et Ouest (CNO) de la Côte d’Ivoire, il parcourt les capitales du monde, signant accords de paix après accords de paix avec cette rébellion ? Ne l’oublions pas, le même Hamed Bakayoko était ministre dans le gouvernement Gbagbo pour le compte du RDR. C’était à ces 60 % du territoire national qu’étaient adossés Alassane Ouattara et ses amis pour mettre la pression sur Laurent Gbagbo afin qu’il organise les élections sans désarmement. Alors, comment concrètement aurait-il pu visiter l’ensemble du pays, si les élections mêmes n’ont pas pu se tenir en 2005 à cause de la partition du pays ?


Troisième handicap. Le Premier ministre Hamed Bakayoko parle des réalisations que ferait le président Ouattara pendant ces visites. : « La réhabilitation des 31 préfectures, 31 résidences de préfet et les résidences de 76 préfets de région sur 108. En outre, 377 véhicules de commandement ont été affectés au corps préfectoral. En matière de sécurité, 33 unités de gendarmerie ont été construites (escadrons, compagnies) et 16 brigades de gendarmerie. Pour la police, ce sont 39 unités qui ont été créées, dont 20 commissariats, 08 groupements mobiles d’intervention, une Compagnie Républicaine de Sécurité, 02 districts de police, une section régionale de la police judiciaire, 06 centres de commandement opérationnel, une unité anti-terroriste, une brigade équestre et 12 centres de secours d’urgence. Les moyens de mobilité des FDS ont été également renforcés avec 804 véhicules et 400 motos. » A ce niveau, notons que c’est avec l’argent de l’Etat de Côte d’Ivoire que le régime opère. Car chaque Ivoirien va payer plus tard ces endettements qui ont fait remonter la dette extérieure de la Côte d’Ivoire à plus de 15 mille milliards aujourd’hui. Réaliser donc des marchés où, par exemple, des goudrons s’effritent quelque temps après et voir augmenter la dette de l’Etat de Côte d’Ivoire, ne peut pas être une prouesse.

Quatrième handicap. Ouattara a réalisé ces choses citées parce qu’il a eu le temps de travailler. Ne pas en tenir compte est un handicap. Le Premier ministre Hamed Bakayoko veut-il dire que, Houphouët-Boigny qui a eu 30 ans de paix et de parti unique, ne s’est pas montré aussi efficace qu’Alassane Ouattara ? Sinon Henri Konan Bédié aurait fait cela, si son mandat n’avait pas été interrompu par un coup d’Etat. Laurent Gbagbo l’aurait fait, s’il n’avait pas à aller de capitale en capitale pour chercher la paix parce qu’une rébellion a attaqué son régime. Si les prisons sont bondées d’opposants, si de milliers autres Ivoiriens sont contraints à l’exil et que le régime est seul sur la piste de danse, c’est tout à fait normal qu’il se permette toutes sortes d’acrobaties.

Cinquièmement handicap. Ce discours n’est destiné qu’aux militants du RDR. Il n’est pas envoyé à des consciences qui vont se poser des questions, faire des analyses, des parallèles, interroger l’histoire et objecter. Le Premier ministre Hamed Bakayoko a parlé à un peuple acquis. A ce qui reste des partisans de Ouattara. C’est une autosatisfaction. Une auto célébration. Si le régime est donc convaincu de son bilan, de sa performance, il devrait aussi le prouver par l’ouverture du jeu démocratique, des élections transparentes, inclusives. Sans violence.


Germain Séhoué

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