8 mars en Côte d’Ivoire : quand le folklore se le dispute à l’ignorance (Léontine Séhoué)

Société

Demain, c’est le 8 mars 2021, la Journée internationale de la femme. Mais comment l’ivoirienne prépare cet événement consacré à la femme? Léontine Séhoué, Expert-consultante et Auteure nous invite à une réflexion.

Quand je vois le déferlement de folklore et d’enfantillage autour de la journée de la femme en Côte d’Ivoire, tous ces ballots de pagnes imprimés en des couleurs tape-à-l’œil, j’étouffe de rage, de frustration et de dépit mêlés. J’agonise et j’ai mal à mon pauvre cœur. Je me dégoutte, J’anathématise mon peuple et suis à deux doigts de hurler, « j’ai honte d’être noire ».

Mon peuple serait-il résolument inscrit aux abonnés absents de l’histoire de l’humanité ? Les ivoiriennes seraient-elles simplement des femmes sans aucune hauteur d’esprit, des femmes sans ambition aucune, si ce n’est celle de jouer les seconds rôles auprès d’hommes non moins abêtis par le paraitre, ce qu’il y a en dessous de la ceinture et toutes les incongruités qui vont avec ?

La femme au travail, mais quelle est sa condition ?

Journée de la femme en Côte d’Ivoire : que du folklore bruyamment orchestré en des uniformes en pagne aux couleurs criardes et des salamalecs vides de tout sens, là où nos sœurs d’ailleurs mettent en réflexion des sujets en lien avec le sort de la gente féminine, organisent des manifestations mettant en avant la lutte pour les droits des femmes et notamment, pour la réduction des inégalités par rapport aux hommes.

Issue de l’histoire des batailles féministes menées sur les continents européen et américain, cette journée s’ancre dans les luttes ouvrières et les nombreuses manifestations de femmes réclamant le droit de vote, de meilleures conditions de travail et l’égalité entre les hommes et les femmes, qui agitèrent l’Europe et le monde occidental, au début du XXe siècle. La création d’une « Journée internationale des femmes » est proposée pour la première fois en 1910, lors de la conférence internationale des femmes socialistes, par Clara Zetkin, et s’inscrit alors dans une perspective révolutionnaire.

Fièvre pour des pagnes, plutôt que de penser à sa condition de Femme?

C’est une journée de manifestations à travers le monde, l’occasion de faire un bilan des acquis de ce vaste mouvement de lutte auquel ont spontanément, et avec raison, adhéré les femmes réclamant le droit de vote en Allemagne (8 mars 1914), les ouvrières manifestant à Petrograd, St-Pétersbourg (8 mars 1917), bref. Des femmes du monde entier initient, depuis lors, des actes à même de pérenniser et renforcer les acquis nés du combat de ces pionnières qui, écœurées par le traitement fait au sexe dit faible aux siècles derniers, se sont, au risque de leurs vies, élevées contre la toute-puissance des hommes.

Aujourd’hui encore, ces combats demeurent d’actualité, surtout dans un pays comme la Côte d’Ivoire où, à peine 30% des députés sont des femmes, où les quelques femmes nommées à des postes de haut niveau dans l’administration se comptent sur les doigts d’une seule main, où la presqu’unique voix pour exister, c’est de se faire maitresse ou courtisane… j’exagère à peine, tant les femmes et les jeunes filles obligées de faire les « P… » pour être reconnues professionnellement et socialement sont légions. Il n’y a qu’à regarder le comportement des toutes ces jeunes élèves pour comprendre qu’il y a matière à embrasser à bras le corps la journée du 8 mars, temps fort de réflexion et de lutte par excellence, pour impulser des actes et nourrir la réflexion sur comment prendre notre place dans la construction de cette nation ivoirienne qui n’a cessé d’aller de déliquescence en déliquescence. Ce travail revient à nous femmes pensantes de ce pays. Plutôt que de maintenir nos sœurs des classes populaires dans des parades en pagnes estampillés « 8 mars, journée de la femme en Côte d’Ivoire », travaillons à faire de la pédagogie auprès de toutes ces femmes ignorant le vrai sens de cette journée commémorative. Eduquons ces nombreuses mères de famille, ces innombrables jeunes filles à enfin revenir à des valeurs sures qui ne sauraient nullement se résumer en un mimétisme criard de vacuité emballé dans des morceaux d’étoffe sans aucune consistance.

Jennifer Yaye, jeune femme ivoirienne pilote de ligne

Arrêtons ce folklorisme débilitant et saisissons-nous de cette journée pour sortir du « biêkissènisme », donner une image méliorative de la femme ivoirienne, asseoir notre représentativité dans les cercles de décision de notre pays, marquer positivement notre passage aux postes qui nous sont confiés. Devoir d’engagement oblige !

 Léontine S. Séhoué

Expert-consultante

Auteure

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